Partager l'article ! L'enchanteur...: Le grand cerf blanc sortit d'un fourré d'aubépine sans déranger la moindre fleur. Son poil ét ...
Le grand cerf blanc sortit d'un fourré d'aubépine sans déranger la moindre fleur. Son poil était pareil à de la neige fraichement tombée et tandis qu'il traversait la
clairière sa ramure se balançait comme la voilure d'un vaisseau.
Merlin aimait prendre cette aparence quand il se déplaçait dans la forêt. Il s'arrêta sans bruit au débouché du sentier qui menait à la source de l'Oeil, ainsi nommée
parce que, par les beaux jours, le ciel se reflétait à la surface de la vasque qu'elle s'était creusé dans le sable et le fin gravier, et elle prennait alors la ressemblance d'un grand oeil
bleu entre des cils de menthe et de myosotis.
Une fille était en train de s'y baigner, blonde et nue. Le cerf la voyait à travers le feuillage. Elle était très jeune, douze ans, treize ans
peutêtre. Dans l'eau jusqu'aux genoux, elle y puisait avec ses mains en coupe, et s'en éclaboussait. Elle riait pour ne pas frissonner, poussait des exclamations, chantait des bribes d'airs sans
paroles. Le soleil jouait sur ses courts cheveux danssants et sur les perles d'eau qui roulaient sur sa peau rose et dorée. Ses seins qui hésitaient à s'arrondir devenaient pointus sous la
provocation de l'eau fraiche. Quand elle riait, l'éclat de ses dents était blanc comme la chair des amandes nouvelles. Ses longues cuisses n'étaient plus des tiges maigres de la fillette qui
pousse, et pas encore les branches galbées de la jeune fille. Esquisses exquises, promesses qui seraient tenues, ses courbes légères en mouvement annonçaient la perfection du plus
grand chef-d'oeuvre de la création: le corps que Dieu a fait à la femme, de ses mains, avec un morceau d'homme.
Et la source riait avec elle, couvrait ses pieds de sable frais, faisait éclater des bulles entre ses orteils. Une salamandre vert et or qui
nageait autour de ses chevilles sortit de l'eau et lui tira la langue. Une merlette couleur d'écorce se posa sur sa tête et réussit à chanter comme un merle. Dans le soleil et dans l'eau ses
mains fines dansaient comme deux fleurs animées par le vent.
Dans le corps du cerf blanc, le coeur de Merlin tremblait. Il savait qu'il ne la reverrait plus telle qu'elle était en cet instant. Demain tout à
l'heure elle serait déjà différente. Elle avait la beauté déchirante de ce qui change si vite et qu'on ne peut jamais retrouver. (...)
René Barjavel. L' Enchanteur
Ah Barjavel .... c'est l'un de mes auteurs préférés, mais j'ai vraiment un gros faible pour l'Enchanteur, et cet extrait là est vraiment celui qui décrit le mieux la rencontre avec Viviane
!!!!
Quel bonheur de lire et de relire ce livre !!! C'est toujours avec autant de plaisir que je le redécouvre !!!
Lors d'une ballade en forêt de Paimpont j'aime à penser et à rêver que l'histoire s'est passée à coté des sentiers où l'on se promène...
La photo du dessus est d'ailleurs tirée de notre ballade qui s'est révellée être une chasse miraculeuse aux champignons (Cèpes), qui m'ont d'ailleurs rendue malade pendant une semaine (brulures
d'estomac horribles!), pourtant ils étaient très bon et je crois que le pharmacien n'en revenait pas quand on lui a montré notre collecte pour aprobation !
Photo Fleur de Lune
| Janvier 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | 31 | |||||||||
|
||||||||||